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Iran et soutiens arabes après la chute de Bachar Al-Assad
Un an après la chute de Bachar Al-Assad, quels soutiens arabes restent-ils à l’Iran ?
Rédigé par Camille Le Caloch, contributrice à Chamsin, étudiante en droit international et européen, passionnée des sujets de diplomatie et politique internationale.Publié le 15 janvier 2026

Cela fait maintenant un an que la Syrie s'est libérée d'un demi-siècle de domination de la dynastie Assad. En quelques jours, le mouvement islamique HTS a renversé un pouvoir sanglant et oppressif pour sa population. Le peuple syrien est majoritairement soulagé, le Moyen-Orient est bouleversé et l’Iran affaibli stratégiquement.

L’origine de « l’axe de la résistance »

Depuis la révolution iranienne de 1979, Téhéran cherche à étendre son influence régionale en exploitant les fragilités et les conflits de ses voisins. Sa principale stratégie repose sur le soutien à des groupes chiites, des pays frontaliers jusqu’au littoral méditerranéen. Dès la naissance de la République islamique, l’Iran est attaqué par l’Irak de Saddam Hussein. Le traumatisme de cette guerre forge une forte unité nationale et alimente une doctrine visant à protéger les populations chiites de la région, autour d’ennemis toujours incontestés : les États-Unis et Israël.

Au Liban, dans le contexte de la guerre civile, un groupe paramilitaire chiite émerge dès 1979 avant d’être officiellement structuré en 1985, le Hezbollah. Inspiré idéologiquement par le régime iranien, il bénéficie rapidement de son soutien financier, politique et militaire. Renforcé après ses affrontements avec Israël, le Hezbollah devient un pilier de l’influence iranienne au Levant. Parallèlement, Téhéran se positionne comme un acteur central de la lutte contre le sionisme et l’État d’Israël, apportant son soutien à l’Organisation de libération de la Palestine ainsi qu’à des groupes armés palestiniens, dont le Hamas. La constitution de cet « axe de la résistance », centré sur la cause palestinienne et l’opposition à l’État hébreu, est présentée par l’Iran comme un moyen de dissuasion face à une plausible intervention militaire américaine soutenue par Israël, en misant sur le risque d’un embrasement régional.

En Irak, l’Iran soutient également de nombreuses milices chiites opposées à la présence américaine. Certains de ces groupes ont été impliquées dans des attaques ayant entraîné la mort de soldats américains.

Dans la région, l’influence iranienne s’exerce principalement par l’intermédiaire d’acteurs non étatiques, à une exception majeure comme la Syrie. Jusqu’à la chute de Bachar al-Assad, Téhéran figurait parmi les principaux soutiens du régime syrien. La dynastie Assad, au pouvoir pendant plus de cinquante ans, reposait sur une minorité religieuse, les alaouites, issus du chiisme. L’alliance syro-iranienne prend forme lors de la guerre Iran-Irak, Damas figurant parmi les rares États arabes à soutenir Téhéran. Cette relation se consolide à partir de 2011, lorsque l’Iran intervient massivement aux côtés du régime syrien durant la guerre civile, facilitant l’implantation de milices pro-iraniennes sur le territoire syrien et, selon plusieurs sources, l’établissement de bases militaires.

Un affaiblissement iranien progressif

Le premier coup d’arrêt à la puissance régionale iranienne intervient le 7 octobre 2023, avec les attaques du Hamas en Israël, qui font plus de 2 000 morts. Les composantes de l’« axe de la résistance », structurées autour de la cause palestinienne, se retrouvent alors contraintes d’ouvrir des fronts périphériques contre l’État hébreu, depuis le Liban, la Syrie ou encore le Yémen, où les Houthis, également soutenus par Téhéran, intensifient leurs actions. Si ces offensives restent sporadiques, la riposte israélienne, elle, s’inscrit dans la durée.

Les 12 et 13 juin 2025 marquent une escalade majeure : Israël mène des frappes massives contre la République islamique d’Iran, ciblant notamment ses systèmes de défense antiaérienne, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles opérations aériennes. En toile de fond demeure un objectif central pour Téhéran : l’acquisition de l’arme nucléaire, malgré l’opposition résolue des puissances occidentales. En juin 2025, les États-Unis rejoignent directement Israël dans les frappes, concentrant leurs attaques sur les installations nucléaires iraniennes.

La réelle bascule de la puissance iranienne survient à la chute du régime de Bachar Al-Assad en décembre 2024. La chute de son allié marque l’apogée d’une série de défaites pour les groupes formant « l’axe de la résistance ». La Syrie est à un point géographique stratégique, permettant de relier le Hezbollah libanais à l’Iran, mettant à mal l’acheminement d’armes.

La décision de Téhéran de ne pas intervenir militairement pour sauver son allié syrien lors de l'offensive HTS de novembre-décembre 2024 révèle à la fois l'affaiblissement stratégique de l'Iran et son pragmatisme politique. Plusieurs facteurs expliquent cette inaction. D'abord, l'Iran et la Russie manquaient des moyens militaires et de la volonté politique pour un sauvetage coûteux. Le Hezbollah et les milices irakiennes, affaiblis par les conflits précédents, ne pouvaient pas compenser une intervention massive. Ensuite, le régime Assad lui-même était devenu un fardeau : profondément corrompu et impopulaire, il refusait tout compromis politique malgré les pressions de Moscou et Téhéran. Enfin, l'Iran semble avoir opté pour une stratégie pragmatique : reconnaître que toute intervention renforcerait les États-Unis et Israël, sans bénéfice régional attendu. Cette absence de soutien contraste avec l'intervention iranienne de 2012-2015 et marque une rupture stratégique symbolisant l'affaiblissement du régime iranien lui-même. La chute de son allié marque l’apogée d’une série de défaites pour les groupes formant « l’axe de la résistance ». La Syrie est à un point géographique stratégique, permettant de relier le Hezbollah libanais à l’Iran, mettant à mal l’acheminement d’armes.

Le nouveau pouvoir syrien, dominé par une majorité sunnite, affiche désormais la volonté de normaliser ses relations diplomatiques régionales. Il n’exclut pas une reprise du dialogue avec Israël, un signal fort du recul de l’influence iranienne à Damas et de l’affaiblissement de son front anti-israélien.

Dans ce paysage régional bouleversé, l’Irak demeure l’un des derniers alliés solides de Téhéran. Les milices chiites y sont renforcées, dans le but de préserver une capacité d’influence iranienne et de maintenir un rapport de force face à la présence occidentale.

Afin de remédier à cet isolement, Téhéran tente de reconduire des relations indirectes avec les occidentaux, sur la question du nucléaire, ou afin de parvenir à une levée des sanctions économiques qui pèsent sur l’État. La République islamique se tourne aussi vers une alliance, perçue d’un mauvais oeil par les États-Unis ou les Européens, formée avec la Russie ou la Chine, mettant fin au vieux slogan de l’ère de la révolution « Ni Est, ni Ouest ».


Sources
  • Hamas-Israël : quel rôle joue l’Iran ? IRIS 2023
  • Au Liban, le Hezbollah, 1 juin 2024 France Culture
  • Comment l’Iran s’appuie sur les chiites pour asseoir son influence régionale, le Figaro, 2021
  • Téhéran accroît son soutien aux milices chiites en Irak après les revers subis par l'axe pro-iranien dans la région, selon un média israélien, L’orient le-jour, 5 novembre 2025
  • Qui sont les soutiens et les ennemis de l’Iran au Moyen-Orient?, le figaro, 2020
  • Pourquoi l'Iran a subi un terrible camouflet en Syrie, France Inter 2024
  • Israël-Iran : comment la guerre bouleverse le Moyen-Orient, Youtube, Le Monde
  • RFI 2025 : L’Iran en quête de stabilité entre alliances et sanctions