Alors que le camp d'Al-Hol comptait en 2021 plus de 60 000 personnes contre 10 000 au début de 2019, les Kurdes des Forces démocratiques syriennes (FDS), qui assuraient la garde du camp depuis plusieurs années, ont annoncé leur retrait face à l'avancée des forces gouvernementales de l'Armée arabe syrienne. Cette situation laisse le camp dans un état d'incertitude sécuritaire et humanitaire majeure.
Le camp d'Al-Hol dans son contexte historique
Le camp d'Al-Hol est un site d'accueil pour réfugiés qui s'est transformé au fil du temps en un camp d'internement. Il se trouve au sud de la ville d'Al-Hol, dans le nord-est de la Syrie, à proximité de la frontière entre la Syrie et l'Irak.
Le camp est d'abord mis en place au début de l'année 1991 pour accueillir des réfugiés venus d'Irak, dans le contexte de la guerre du Golfe. Pour rappel, ce conflit armé, qui s'est déroulé entre 1990 et 1991, a été déclenché par l'invasion du Koweït par l'Irak de Saddam Hussein. Une coalition internationale menée par les États-Unis intervient militairement par la suite pour libérer le Koweït. La guerre se conclut en février 1991 par la défaite irakienne et le retrait de ses troupes.
Le camp d'Al-Hol, initialement mis en place à des fins humanitaires et destiné à héberger temporairement des civils déplacés par le conflit, est ensuite rouvert après l'invasion de l'Irak par les États-Unis en 2003, devenant officiellement l'un des trois camps situés le long de la frontière syro-irakienne. Jusqu'en 2014, il a principalement conservé son rôle d'accueil des réfugiés. La formation de la coalition internationale en Irak et en Syrie, également appelée « coalition contre l'État islamique », en août 2014, a marqué un véritable tournant dans sa fonction initiale.
L'État islamique est un groupe politico-militaire créé en 2006 après la dissolution d'Al-Qaïda en Irak. Qualifié de « groupe terroriste » par de nombreux États, il est porté par une idéologie djihadiste et a rapidement exploité les conflits régionaux pour étendre son influence. Le groupe commence à s'étendre en Syrie dès 2012, avant d'annoncer, le 29 juin 2014, le « rétablissement du califat » sur les territoires qu'il contrôle, conséquence de la prise de nombreuses villes syriennes, dont Raqqa, puis Al-Hol.
Lors de l'arrivée de Daech dans la région d'Al-Hol, son contrôle sur le territoire a progressivement transformé l'atmosphère du camp. En effet, même si la majorité de la population demeurait civile, certaines familles de combattants ou de sympathisants de l'État islamique ont commencé à transiter par Al-Hol, tandis que l'influence de Daech sur la sécurité et la gestion locale commençait à s'affirmer. Ce contexte a marqué le début d'une évolution qui a conduit le camp, à partir de 2019, à accueillir majoritairement des familles liées à l'État islamique, modifiant profondément sa vocation initiale. La sécurité et les conditions de vie se sont alors fortement dégradées, posant des défis humanitaires majeurs aux organisations présentes sur place.
À la fin de 2015, les FDS, dans le cadre de leur offensive contre l'État islamique dans le nord‑est de la Syrie, ont repris le contrôle du camp et de sa périphérie après des combats contre les positions de Daech. Cette prise en main par les FDS a permis de rétablir un certain contrôle sécuritaire et a ouvert la voie à la réouverture du camp comme lieu d'accueil pour les déplacés internes, tout en posant les bases d'une gestion plus organisée face aux défis humanitaires et à l'influence persistante des familles de combattants de l'État islamique. Avec le camp de Roj, il faisait partie des vingt-quatre centres de rétention administrés par les FDS appuyées par Washington dans le nord de la Syrie. Cependant, bien que ceinturé de barbelés et de miradors, le site échappait en pratique à un contrôle total des FDS en raison d'une surpopulation qui empêchait une surveillance complète. Une portion du camp serait sous l'influence de l'État islamique, qui l'utiliserait pour l'endoctrinement et le recrutement.
Un espace de détention de masse au cœur d'une crise humanitaire et sécuritaire
En effet, le manque de moyens de subsistance pour les adultes crée une pression quotidienne intense sur les familles du camp d’Al-Hol. Privés d’emploi et de ressources économiques, les adultes ne peuvent subvenir aux besoins essentiels de leurs enfants, ce qui accroît la dépendance totale à l’aide humanitaire. De plus, le manque d’accès à l’éducation pousse de plus en plus d’enfants au travail. Dans ce contexte, la détention prolongée et la privation de liberté aggravent la vulnérabilité des enfants, en violation des principes de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant, qui dispose que la détention doit être un dernier recours et de durée aussi brève que possible.
En effet, le camp étant sous haute surveillance, personne ne peut en sortir sans autorisation, même pour des besoins essentiels. Ces autorisations, délivrées par les Asayish (la police de l’administration autonome kurde), sont rarement accordées. Pour accéder aux soins, les femmes doivent franchir un poste de contrôle, se faire prendre en photo et fournir leurs informations personnelles à chaque passage, ce qui les décourage de demander de l’aide et entraîne des problèmes médicaux graves, notamment des infections, des troubles de la vue et des problèmes dentaires.
Qualifié de « prison » ou de « camp de détention » par certains médias en raison de conditions de vie extrêmement difficiles, le camp d’Al-Hol s’apparente à un réel camp hétérogène et composite laissé à l’abandon, regroupant des réfugiés irakiens et des ressortissants de plus de 60 pays (Tunisiens, Français, Comoriens, etc.), qui ne sont « ni des survivants, ni des innocents, ni des coupables, en ce que beaucoup ne sont pas jugés sur place, et les autorités de leur pays refusent de les rapatrier », rapportait Hazem al-Amine, pour Daraj, en 2022.
La difficulté principale tient au fait que le camp est principalement occupé par des mineurs. En effet, près de 80 % des occupants ont moins de 12 ans, et 30 % ont cinq ans ou moins. Ces enfants détenus dans le camp d’Al-Hol vivent dans des conditions extrêmement précaires, manquant d’accès suffisant à la nourriture, à l’eau potable, aux soins de santé et à l’éducation. Selon un rapport récent de Save the Children, seuls 40 % des enfants âgés de 3 à 17 ans reçoivent une éducation scolaire. La misère et l’insécurité sont par conséquent omniprésentes ; en 2026, 79 personnes ont été tuées dans le camp, dont trois enfants par balle, et quatorze autres enfants sont morts dans divers accidents, notamment des incendies. Ces conditions aggravent encore la fragilité mentale des enfants, déjà fortement affectée par la détention. De plus, ces enfants également appelés les « petites mains du djihad » font face à un enrôlement important au sein des troupes de l’État islamique. Pour ainsi dire, 21 000 mineurs (notamment irakiens), conduits au sein du camp d’Al-Hol en 2019, auraient été recensés en 2021, et seraient « endoctrinés et préparés pour devenir de futurs combattants du groupe État islamique », a observé l’ONU en 2025.
Les obstacles au rapatriement des détenus du camp d'Al-Hol
Ce rapport s’inscrit dans la décision intervenue en mai 2024, à l’issue de laquelle l’Irak et les Nations Unies ont convenu de rapatrier l’ensemble des ressortissants irakiens présents au camp d’Al-Hol d’ici 2027. Récemment, le conseiller à la sécurité nationale irakien a appelé tous les pays concernés à ramener leurs citoyens afin de permettre une fermeture rapide du camp.
En effet, si le camp d’Al-Hol abrite de nombreuses personnes non affiliées ni de près ni de loin à l’État islamique, certains détenus perçoivent Al-Hol comme étant le « dernier vestige du califat », un véritable « nid à radicalisation ». Le rapport onusien du 6 février (S/2025/71/Rev.1) analysant les activités restantes du groupe de l’État islamique soulignait que des cas de radicalisation, de formation et d'incitation à des opérations extérieures avaient été signalés.
Par conséquent, en raison de ces risques majeurs, la majorité des États concernés demeurent réticents face à l’idée de rapatrier leurs ressortissants ayant rejoint l’État islamique ainsi que les membres de leurs familles. C’est à ce propos que Hanny Megally et Paulo Sérgio Pinheiro, deux responsables de la commission d’enquête de l’ONU sur la Syrie, avaient souligné « le risque pour la sécurité nationale qu’impliquerait le retour de ces mères, ainsi que de leurs enfants, potentiellement porteurs d’une idéologie violente et extrémiste ». À titre d’exemple, en juin 2025, une délégation française (composée notamment d’Amélie Morineau, présidente de la commission libertés et droits de l’homme du Conseil national des barreaux, et de l’eurodéputé Mounir Satouri) a recensé des dizaines de milliers de personnes présumées avoir des liens avec l'organisation djihadiste, dont 120 enfants et une cinquantaine de femmes de nationalité française. En effet, après avoir été frappée par des attentats terroristes perpétrés par l’État islamique, notamment en 2015, la France avait interrompu ses opérations de rapatriement à l’été 2023. Cette décision survient malgré plusieurs condamnations internationales, dont celle de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) le 14 septembre 2022. En effet, la Cour avait condamné la France pour ne pas avoir étudié au fond les demandes de rapatriement, soulignant ainsi, « qu’il incombe au gouvernement français de reprendre l’examen des demandes des requérants dans les plus brefs délais en l’entourant des garanties appropriées contre l’arbitraire ». En effet, la Cour a considéré que bien qu’elle ne consacre pas un droit systématique au rapatriement, elle peut avoir à le faire en cas de « circonstances exceptionnelles », comme lorsqu’ici un enfant se trouve « dans une situation de grande vulnérabilité ».
En outre, elle a mis l’accent sur la question des refus de rapatriement d’enfants, qui sont détenus dans des conditions terribles sans être pourtant accusés d’aucun crime. En effet, les enfants du camp d’Al-Hol sont bien souvent des enfants nés de mères ayant volontairement rejoint la Syrie dans leur processus de radicalisation, ce qui constitue un obstacle à leur rapatriement, dans la mesure où ils ne sauraient être rapatriés sans leur mère. Néanmoins, la commission d’enquête de l’ONU sur la Syrie précitée avait déclaré que « alors que la plupart des mères se sont rendues en Syrie de leur propre gré, il n’en va pas de même pour leurs enfants. Punir les enfants pour les actes commis par leurs parents est injustifiable ». Cette priorisation de la protection des enfants encourage les États à les rapatrier, tout en insistant sur le fait que ces enfants ne sont pas protégés en étant maintenus indéfiniment en détention.
Néanmoins, on aperçoit au fur et à mesure un phénomène de stigmatisation, traduit par cette perception négative qui a renforcé leur exclusion, limitant drastiquement leurs possibilités de réinsertion ou de rapatriement.
L'évacuation du camp d'Al-Hol : avancée humanitaire ou accentuation d'un risque sécuritaire ?
Bien qu’imparfait, ce contrôle par les FDS fût effectif jusqu’à l’annonce, le 20 janvier 2026, du retrait des forces kurdes du camp. Ce retrait s’inscrit dans l’obligation pesant sur ces derniers de « se repositionner aux abords des villes du nord de la Syrie sous la menace de l’armée », indiquait La Croix, en janvier. Les autorités de Damas ayant repris le contrôle du camp ont mis en place un plan volontaire de fermeture, obligeant les 24 000 prisonniers restant à être transférés ou rapatriés.
Si l’« Annexe » (section de haute sécurité du camp) comptait autrefois de nombreux ressortissants étrangers issus de 42 nationalités que leurs États refusaient de rapatrier, aujourd’hui elle est quasiment vide, et selon les humanitaires présents sur place, il ne reste plus que quelques milliers de personnes dans l’ensemble du camp. Parmi les 24 000 prisonniers restants, plus de 5 700 djihadistes (dont 3 500 Syriens et des étrangers – irakiens, arabes ou venus d’autres continents) ont été transférés vers l’Irak par les États-Unis depuis des prisons environnantes du camp. Cependant, de nombreuses personnes transférées courent le risque d’être envoyées dans des États où elles pourraient être victimes de mauvais traitements. En effet, Human Rights Watch a déclaré que les quelque 5 700 détenus transférés « risquent d’être victimes de disparition forcée, de procès inéquitables, de torture, de mauvais traitements et de violations de leur droit à la vie ».
De plus, le retrait des Kurdes a causé, selon Arthur Quesnay, spécialiste de la Syrie, l’évasion de 80 % des occupants d’Al-Hol. En effet, le camp faisait face à un phénomène d’évasion illégale pendant l’occupation des Kurdes, qui s’est accentué entre le retrait des FDS et la prise de contrôle de Damas. À ce sujet, il a souligné que « les individus les plus dangereux étaient parmi ceux qui ont réussi à fuir, notamment au cours des premières heures du vide sécuritaire, entre le départ des forces kurdes et l’arrivée de l’armée gouvernementale ». C’est ainsi que la plupart des ressortissants syriens ont quitté Al-Hol pour regagner leurs villes d’origine, tandis que de nombreux étrangers se sont dirigés vers l’ouest, en direction des gouvernorats d’Idlib ou d’Alep.
Par conséquent, le retrait des FDS du camp d’Al-Hol et la reprise du contrôle par l’armée syrienne illustrent la fragilité persistante de la sécurité dans cette région. Si la fermeture progressive du camp permet de reloger ou de rapatrier certains prisonniers, elle met aussi en lumière le défi humanitaire et sécuritaire que représente la présence de djihadistes étrangers et la gestion des évacuations massives.
L’évacuation progressive du camp d’Al-Hol apparaît prometteuse au regard des conditions humanitaires critiques qui y régnaient. Ce retrait, suivi de la reprise de contrôle par Damas, aura permis de réduire drastiquement la concentration de personnes vulnérables et de faciliter le rapatriement ou le transfert des détenus. Cependant, la situation met en évidence d’importants risques de défaillance sécuritaire ; l’évasion massive de la majorité des occupants souligne que le retrait des forces kurdes a créé un vide exploitable par les individus les plus dangereux, tandis que le transfert de nombreux détenus vers d’autres pays les expose à des risques de mauvais traitements ou de violations de leurs droits fondamentaux.
Enfin, la fermeture d’Al-Hol ne signifie pas la fin de la problématique des camps similaires en Syrie. En effet, d’autres sites, comme le camp de Roj, restent opérationnels et continuent d’abriter des populations vulnérables, nécessitant une attention humanitaire et sécuritaire similaire. Cependant, la fermeture du camp d’Al-Hol laisse entrevoir un avenir incertain mais potentiellement favorable pour les prisonniers de ces camps, notamment le camp de Roj, qui se persuadent d’une libération prochaine.
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- « العراق لدول عوائل داعش: اسحبوا رعاياكم حتى يغلق مخيم الهول », Al-Arabiya, 10 mai 2024
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- « En Syrie, les nouvelles autorités face à l'épineuse question de l'évacuation du camp d'Al‑Hol : cet endroit est un nid à radicalisation », Le Monde, 25 juin 2025
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- « Des enfants français devenus majeurs dans les camps syriens demandent leur rapatriement », Le Monde, 16 juin 2025
- « Syrie : trois femmes et dix enfants détenus dans des camps de prisonniers djihadistes rapatriés en France, une première depuis 2023 », Le Monde, 16 septembre 2025
- « La France condamnée par la CEDH pour son refus de rapatrier deux femmes djihadistes détenues en Syrie avec leurs enfants », Le Monde, 14 septembre 2022
- « Syrie : les Kurdes se retirent du camp de réfugiés d'Al‑Hol », La Croix, 20 janvier 2026
- « En Syrie, le plus grand camp de proches de djihadistes se vide de ses détenus », Courrier International, 19 février 2026
- « Syria closes IS‑linked Al‑Hol camp after emptying it », Agence France‑Presse (AFP), 22 février 2026
- Sallon, Hélène, « En Syrie, le camp d'Al-Hol vidé par l'évasion massive de familles de djihadistes syriens et étrangers », Le Monde, 14 février 2026
- « Maintenant toute la Syrie est à nous : la vie en transit des familles libérées du camp d'al-Hol », Le Figaro, 22 février 2026
- « نسبة تمويل الخطة الإقليمية الإنسانية في سوريا عام », عنب بلدي (Enab Baladi), 11 décembre 2023
- « Syrie : le camp d'al-Hol, symbole de l'après-État islamique démantelé par les autorités », Radio France Internationale, 20 février 2026
- « En Syrie, dans le camp de Roj, les prisonnières djihadistes persuadées d'être bientôt 'libérées' », Le Monde, 6 février 2026